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30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 16:08

 

J’ai adoré !

 

Avoir choisi la première personne du singulier pour faire son récit est un coup de génie. On est directement introduit dans la peau du chevalier qui se pose tellement de questions. Garçon, fille, fille, garçon, c’est difficile… La naissance l’a voulu garçon bien que coiffé intégralement et donc sujet à litige ; l’adolescence l’a laissé plutôt perplexe car l’éducation l’a voulu mâle avec une sensibilité toute féminine ; l’âge adulte ne va rien arranger car l’intelligence et la finesse sont telle qu’il sera ‘bien’ utilisé par le cabinet du roi qui finalement le reniera…

 

Une écriture au plus juste qui reproduit les lettres et les mémoires du Chevalier, une perception fine d’un personnage trop fin, trop sensible et pourtant si brave dans son rôle de capitaine des dragons. Beaucoup de sensibilité, d’analyse psychologique d’un personnage si controversé, si dénigré et pourtant si adulé par certains. Un homme impuissant, c’est lui qui le dit ; une femme sans sexe, c’est évident ; un être différent, amusant, intelligent, courageux qui mérite tout notre respect.

 

« On me parlait, on me tapait dans le dos, on se fichait de mes états d’âme, de mon statut d’homme impuissant, de femme sans sexe. »

 

« Versailles, une cour aimable, civilisée ? Je dirais que sous le sourire est tapie la haine, que chaque compliment dissimule un mensonge. Les ministres défilent. Ce ne sont pas les candidats qui manquent, mais le talent. »

 

« Ces déboires ne me décourageaient pas d’écrire. J’en avais besoin, plus encore émotionnellement que financièrement. En écrivant, j’existais. Un écrivain se moque de porter jupon ou culotte. Le jeu de la séduction est hors de ses pensées, il s’envole au-dessus des petitesses humaines. »

 

« On laissa mes jambes tranquilles, mais on épila mes bras à la cire d’abeille, ce qui fut un supplice. Quand à la barbe, trois rasages par semaine accomplis dans la plus grande discrétion suffiraient. Il y avait à la cour pléthore de femmes qui avaient de la moustache et des poils follets au menton. Après tout, j’avais cinquante ans, l’âge des douairières. »

 

« Peut-être avais-je pressenti depuis longtemps que ce à quoi hommes et femmes tenaient tant était une illusion, qu’un corps vieillissant n’avait pas plus de sexe qu’un enfant. »

 

Peut-être pas le meilleur roman de l’auteure mais clairement un de ceux qui m’a le plus ému car ce chevalier est vraiment un personnage attachant. Il m’a fait pleuré quand même car finir sa vie comme un mendiant, il ne le méritait pas.

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